En 2022, j’avais cessé de rayonner. Je ne me suis pas rendu compte que j’errais complètement. Et pourtant, c’est arrivé. Je m’étais égaré. Mon étoile s’était éteinte.
En 2023, à l’heure d’écrire ces lignes, j’ai appris, grandi, mûri. Je ne suis plus le même.
J’ai à la fois retrouvé qui j’étais en 2021 tout en ayant dépassé ce gars-là.
J’étais 2021.
J’ai été 2022.
Je suis 2023.
Aperçu d’une débâcle (in)attendue
En vrai, je ne me suis pas vraiment écouté
Je l’avais vu en entreprise et autour de moi : au boulot, j’ai bien ressenti les conséquences de la pandémie, de l’inflation, de la guerre. Beaucoup de personnes décompensaient. Je l’ai constaté. Je pensais y échapper.
Au fond de moi aussi, j’ai bien senti qu’un truc clochait. J’ai peut-être refusé de l’admettre ou minimisé cette sensation. Involontairement, j’ai considéré que ce doute était négligeable.
Ce que j’ai très bien fait par contre, c’est m’agiter. J’ai concentré toute mon attention sur le professionnel : quelque chose ne tournait pas rond et si un coup devait venir de quelque part, c’était forcément de là.
Bien entendu, la crise a redistribué pas mal de cartes. Les conférences ont pris du temps à reprendre (ce n’est d’ailleurs pas encore « revenu comme avant » pour moi, et c’est ok), le conseil aux entreprises a changé de morphologie, l’édition a marqué le coup… J’ai eu peur, et j’ai mis mon énergie à chercher partout dans mes activités d’où pourrait surgir la panne.
J’ai lancé des projets, testé des choses, passé un temps fou à vouloir fédérer des gens autour de dynamiques qu’au final, j’étais parfois le seul à pseudo-porter… et pour des raisons qui n’étaient même pas bonnes.
Pendant que je me débattais intérieurement, je faisais tout sauf ce qu’il fallait : regarder au bon endroit.
Je n’ai pas nécessairement voulu « regarder ailleurs » ; je n’avais juste pas imaginé que c’est d’autre part que l’éclatement pourrait venir.
Je n’ai pas capté les signaux pour me dire que quelque chose, au plus près de moi, n’allait pas.
J’étais là mais je n’étais pas présent. J’existais sans plus vraiment être vivant. En mode survie/zombie, j’étais lessivé, vidé. J’avais perdu ma motivation et mon enthousiasme.
Pendant que je m’essoufflais à courir et à faire – y compris beaucoup de vent –, j’étais moi-même en train de devenir terne, inerte. J’avais perdu mon côté rock’n’roll.
Alors que je croyais avancer, je me débattais en fait avec des boulets aux pieds qui m’empêchaient d’avancer léger. Piégé dans un système en fin de cycle, je m’étais laissé dériver.
J’avais négligé ma sphère privée. J’avais délaissé les miens. Je n’en avais pas assez pris soin. Verdict sans appel : ma part d’ombre avait jeté le voile sur ma lumière. J’avais cessé de briller.
Des conséquences à la hauteur de mon naufrage : je suis passé de top à stop
« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille. » Jacques Chirac, ancien Président de la République française
Les résultats de ma propre mise en abîme ont été sans équivoque. En l’espace d’à peine quelques semaines, tous les liens que je croyais solides ont volé en éclats. Vie familiale, parentale, sentimentale : l’une après l’autre, tout est tombé. Vite. Fort. Brutalement.
Père, fils, frère, parrain, compagnon : mes rôles personnels se sont tous écroulés les uns après les autres. Alors que je croyais construire mon avenir, j’ai provoqué l’effondrement complet de mon monde.
J’étais en ciseaux, pris en étau, coincé de partout.
Durant plusieurs semaines, je me retrouve sans âme, isolé dans ma maison trop grande, lourde, encombrante, incapable de me concentrer plus d’une heure d’affilée.
Entre sidération, perte d’appétit (moins 8kg en 3 semaines) et envie de rien, je passe des journées en pleurs. Au fond du puits, anéanti, désorienté. Pour la première fois de ma vie, je doute de ma capacité à surmonter et me relever.
Impossible de produire la moindre idée, d’écrire une seule ligne. J’erre d’heure en heure sans savoir ce que je peux faire, où aller, quoi regarder, vers qui me tourner. Tout me semble futile. Quand on a perdu sa lumière, plus rien n’a vraiment d’importance.
Je pense beaucoup à mon ami Patrizio. Il a sans doute connu une crise similaire qui l’a conduit, en 2019, à mettre fin à ses jours du jour au lendemain, sans signe avant-coureur notable.
Moi qui suis plutôt reconnu pour ma capacité à comprendre l’être humain, j’ai sacrément loupé le coche. Moi qui définis l’échec comme le fait de « taper à côté », j’ai fait très fort pour rater à ce point-là ce qui fonde une vie épanouie.
En rétrospective, toutes les conditions de mon déclin étaient pourtant bien là, réunies, tapies dans un coin de ma vie, dans l’attente de me péter à la figure pour mieux me confronter à mes erreurs, mes manquements, mes aveuglements.
Moi qui ai plutôt l’habitude d’allumer les lumières, de favoriser des déclics constructifs et d’inspirer le positif, j’avais assombri le quotidien.
Je n’ai pas seulement cessé de briller, j’ai aussi réduit la joie autour de moi. J’ai fait perdre la gaieté à celles et ceux qui étaient importants pour moi et là à mes côtés.
Réaliser que ma dégringolade avait aussi mis un voile sur les personnes qui m’entouraient a été le plus insupportable. C’est d’ailleurs encore délicat de le reconnaître, même si je dois accepter cette réalité. Ce sont les faits.
Pas étonnant qu’autour de moi, le vide se soit fait.
« Qui s’embarrasse à regretter le passé perd le présent et risque l’avenir » a justement formulé l’écrivain espagnol Francisco Gómez de Quevedo.
S’apitoyer ? Regretter le passé ? C’est bon le temps de la phase très amère de déceptions, de désillusions et de regrets profonds…
Ce qui est fait est fait. Ce qui n’a pas été fait n’a pas été fait. Je ne peux pas réécrire l’histoire. Je peux juste écrire la suite… et me rappeler à l’essentiel.
Prise de conscience et renversement de situation
« Ceux qui errent ne sont pas tous perdus. » a écrit JRR Tolkien, le père du Seigneur des anneaux.
À quoi se raccrocher quand tout est à la dérive après avoir volé en éclat ?
« J’avais été rejeté, mais j’étais toujours amoureux. J’ai donc décidé de tout recommencer » a prononcé Steve Jobs lors de son célèbre discours aux étudiants de Stanford.
Je l’ai assez répété aux personnes qui m’entourent dans cette épreuve : je ne suis ni à la rue, ni en Ukraine. Ma situation est la conséquence de mes manquements passés et des choix actuels que j’ai posés.
Alors même que j’ai l’impression d’être paumé dans l’espace pour une durée indéfinie qui paraît interminable (je redoute le soir et les fins de semaine où chaque minute dure une heure), il me semble que, dans le même temps, je m’ouvre vers l’extérieur.
Si j’étais en mode « L’attitude des Héros », j’écrirais que je me suis souvenu du premier principe d’action : entourez-vous des bonnes personnes. Ce serait mentir : à ce moment-là, j’étais incapable de raisonner de la sorte. Mes soutiens ne sont pas venus d’un mouvement de moi vers les autres, mais bien l’inverse : les autres sont venus à moi. Des mains se sont tendues. Vite. Beaucoup. Nombreuses.
Eddy, Geoffrey, Massi, Marie, Benoit, Val, Fa, Sophie, Carine, Jean-Yves, Jean-Charles, Philippe, Anne-Catherine, Marc, Valérie, Mika, Philipp, Clarisse, Geneviève, Odile, Michael, Régis, Paul, Didier, Marie-Noelle, Pauline, Rémy, Isa, Emna, Prim, Pedro, Virginie, Georges, Christine, Michel, Béa, Sophie, Greg, Val, Quentin, Bernard, Anathalie, Olivier : c’est arrivé de partout.
Les pros aussi : Séverine, Roland, Olivier, Pina, Valérie et j’en oublie.
J’ai accepté de dire « oui » à toute forme de soutien qu’on me proposait.
Après avoir tout pris dans la gueule, j’ai tout pris dans le cœur.
Quand on a fait le tour d’un système, s’ouvrir à de nouvelles choses est souvent le seul moyen d’enrayer une mécanique répétitive, de briser les sillons dans lesquels on creuse notre propre cercle vicieux. Puisque tout ce dont j’avais fait l’expérience jusqu’alors ne tenait plus, n’aidait plus, ne suffisait plus, j’ai accepté de m’ouvrir. J’ai accepté de dire que j’étais mal. J’ai accepté les mains tendues.
Du coup de fil à la balade en passant par l’activité pour me changer les idées, j’ai tout pris. J’ai accepté que je n’y arriverais pas tout seul. J’ai accepté que j’avais besoin d’aide. J’ai accepté qu’on m’aide.
Je n’en avais pas toujours envie. Je n’avais pas toujours la force d’aller mieux ou de « faire bonne figure ». J’ai accepté d’y aller comme j’étais. Si j’étais à 50%, j’étais à 50%. Si j’étais à 70%, tant mieux, c’était un bon jour. Et si j’étais à 30%, je faisais avec ça.
Je me suis montré tel que j’étais : vulnérable, fragile, en doute, en questionnement, en perte de repères, en manque d’énergie, en pleurs… J’ai accepté qu’on me voie comme je suis.
Et j’ai tout testé : thérapeutes et psychologues ? Consultés. Kinésiologues, numérologues, ostéopathes, énergéticiens, médecins, masseuses, spécialistes de la détection des talents ? Rencontrés. Analyse transgénérationnelle, coaching, constellations familiales ? Pratiqués. Les professionnels, de près ou de loin, de l’humain qui m’ont été renseignés, je les ai sollicités.
En parallèle à cette recherche – qui prend du temps – de réalignement personnel grâce aux autres, j’ai rapidement pris appui aussi sur les axes fondamentaux qui m’ont été mis sous le nez pour expliquer que tout s’arrêtait. Je n’en avais que trop peu conscience, alors qu’ils ont joué un rôle majeur dans mon déclin.
Très vite, j’ai eu le sentiment d’avoir eu « les yeux remis en face des trous ». Aussi violent à encaisser qu’il fut, j’avais été mis face au bon constat. Je suis reconnaissant d’avoir reçu cet état des lieux.
À côté de la déroute, la prise de conscience de ce qui devait changé a été forte, évidente, fondamentale, immédiatement validée. Triste mais vrai : quel cadeau d’avoir été mis dos au mur. Je n’enjolive pas ni ne travestis le réel : ça fait mal, c’est difficile à vivre et j’aurais tant souhaité que ça se passe autrement, avec les personnes que j’aime à mes côtés. Mais aurais-je bougé à ce point sans un tel électrochoc ?
Malgré l’incontestable douleur qui accompagne la perte de celle qui en a été à l’origine, il a constitué ma planche de salut. Parce qu’il était terriblement juste, évident, il est devenu ma feuille de route pour entreprendre mon grand désencombrement et mener à bien ma renaissance.
« Facile à dire quand c’est trop tard », vous dites-vous peut-être.
Tant qu’on ne voit pas, on ne peut pas savoir. La conscientisation est la première étape du chemin. S’il n’est pas possible de changer quoi que ce soit dont nous n’avons pas conscience, dès le moment où les aspects problématiques sont au jour, on sort du brouillard. On n’est plus dans le noir. Il y a de l’espoir.
Alors, j’ai entrepris de mettre de l’ordre. En profondeur. En priorité. Tout nettoyer.
Stopper ce qui devait l’être, se défaire de ce qui n’est plus bon pour moi, désencombrer. Solder le passé. Clôturer les comptes. Envoyer valser les chaînes héritées.
Alléger, faire de la place, ouvrir la voie, rebattre les cartes. Accepter l’inconfort de la page blanche, embrasser le renouveau, même sans savoir d’où ni de quoi il sera fait.
Partir d’ici : à la fois s’en aller d’où on est, foutre le camp, prendre la tangente, larguer les amarres de ce qui nous retient, nous enferme et nous emprisonne. Dire « Hasta la vista » à des liens forts, de sang, devenus étouffants et paralysants.
Partir d’ici : tout autant prendre appui sur le point de départ. Ici et maintenant. Moi avec moi. Moi pour moi. Moi avec les autres. Moi pour les autres. Celles et ceux que je choisis. Pas ceux qu’on subit.
Partir d’ici, c’est donc autant quitter ce qui ne va pas que se reposer sur ce qui est et qui va. Moi. Mon point de départ, c’est moi.
Retrouver un semblant de lucidité. Redevenir mon propre épicentre. Être à nouveau animé de cette conviction qui me porte depuis des années : il est toujours temps de bien faire.
Si je n’avais pas de « temps de cerveau disponible » pour les miens, c’est que le travail avait pris toute la place.
La passion est une bonne chose et j’ai la chance d’en avoir fait mon quotidien. Quand elle est débordante, elle peut nous permettre d’accomplir des merveilles. Mais quand elle devient dévorante, c’est là que ça va trop loin : elle devient aveuglante et finit par nous coûter trop cher.
Si vivre libre et sans concession est sans doute une inspiration pour beaucoup d’entre nous, quand arrive l’addition, ça frappe fort et ça fait mal.
Pour autant, reste une constante : je ne veux pas d’une vie banale. Je comprends alors que je ne peux créer la surprise et me réinventer en restant dans les mêmes ornières. Alors je redistribue les cartes, mes cartes.
Je ne fais pas vraiment dans la demi-mesure
Quand on a perdu son soleil, on ne le retrouve pas d’un claquement de doigts.
Plusieurs personnes qui m’entourent me disent qu’elles sont impressionnées par l’ampleur et la profondeur du chantier que j’ai entrepris, ma vitesse de réaction et le dynamisme dont je fais preuve pour mettre mes affaires en ordre.
Certes, j’ai pris des décisions radicales pour remédier à la situation. Mais, en toute franchise, je n’y vois pas d’acte de bravoure : j’assume tardivement les conséquences de mes négligences passées.
L’intensité de l’épreuve à laquelle je suis confronté est le symbole de ce que j’ai précédemment délaissé. Elle est peut-être aussi à la mesure des épaules que je peux avoir. Dans tous les cas, elle est à la hauteur de ce que j’ai perdu.
Alors, simplement, je mets en œuvre ce qui m’apparaît comme l’évidence. Faire ce qu’il faut pour balayer devant ma porte. Déblayer ma route. Faire la place à ce que je souhaite et à celles et ceux que je veux dans ma vie.
Je n’ai pas dit et je ne souhaite pas véhiculer l’idée ou l’impression que c’est facile. Mais je veux montrer que c’est possible et qu’on peut y arriver.
Remise en selle et conséquences
Au milieu de ma propre métamorphose, je n’ai pas encore le recul nécessaire, mais je peux déjà partager quelques leçons et clés qui m’aident et me guident. Elles sont le produit de tous les échanges, rencontres et énergies qui ont été échangés dont je suis le vecteur.
Tous ces moments de compassion, de proximité, d’humanité coulent dans mes veines. En voici une première restitution sous forme de synthèse personnelle qui, je l’espère, résonnera.
« Les questions les plus personnelles sont les plus universelles. » Carl Rogers, psychologue américain
Ma vie était enjouée et je vais en profiter pour à nouveau bien en jouer
J’avais pris l’habitude de m’entourer de personnes positives qui apportent un supplément d’âme à la vie des autres. J’ai la chance d’en connaître qui rendent la vie pas banale.
En 2022, je n’ai pas su en jouer, ce qui m’a conduit à la crise dont je commence à sortir. J’ai décidé de tout faire pour non seulement retrouver ce côté enjoué, qui passe par la gaité et la légèreté, mais aussi pour en faire le fondement de la vie que je reconstruis.
Solder le passé pour m’en affranchir m’a responsabilisé : je me suis rapidement senti autonome, à ma propre barre, sans intrus ni parasite.
Remplir le frigo, m’occuper de mon linge, maintenir ma maison en ordre tout en préparant le déménagement : créer un avenir radieux passe aussi par mon implication dans les tâches qui m’incombent pour simplement vivre, jusqu’aux plus anodines comme. J’ai appris à réparer un robinet qui fuitait, j’ai recommencé à cuisiner. J’ai utilisé des services top et malins comme TooGoodToGo. J’ai pris tous les conseils, toutes les infos, et je me suis intéressé à des choses pour lesquelles je ne trouvais pas de disponibilité encore quelques mois auparavant.
Je n’ai plus besoin d’être « complété ». Aujourd'hui, je parviens bien à m’assumer.
J’y suis arrivé parce que j’ai remis le travail à sa juste place : j’aime toujours ce que je fais et suis animé par la passion de transmettre, mais plus au détriment d’une vie personnelle riche et d’une disponibilité pour les autres que je veux continuer à développer. Je remets de l’ordre ici aussi. Fini de m’épuiser : je définis mes priorités, je sélectionne mes activités.Je remets de l’ordre ici aussi. Fini de m’épuiser : je définis mes priorités, je sélectionne mes activités.
J’ai accepté mon corps avec 8kg de moins. J’assume de commencer à voir les traits d’un corps dont je ne pouvais qu’imaginer en rêve. Je suis à un niveau de forme que je n’ai fait que traverser à l’adolescence. Un nouveau tatouage (le 4e) viendra ancrer ce moment de vie à l’épreuve du temps.
Peu à peu, le lien avec mon ado s’est retissé. Délestés de nos rôles passés, nous nous apprivoisons progressivement dans la fluidité. Avec des perspectives paisibles et, elles aussi, désencombrées.
J’ai pris la décision salutaire de me séparer de ce lieu de vie qui était devenu une enclave : trop lourde, trop grande, trop chère. Ma maison était à la fois une prison dorée et un boulet qui m’empêchait d’avancer. En trois semaines, avec l’aide de quelques amis, j’étais en place. J’avais mis en vente ce qui avait encore de la valeur et dont je voulais me défaire, et j’avais donné autant que j’ai pu tout ce qui pouvait servir et faire plaisir. Surtout, j’avais jeté ce qui devait l’être depuis longtemps (18 passages au Recyparc, tout de même).
Dans le même temps, j’avais emballé ce que je voulais encore garder et emporter. En 48h chrono, je pourrais quitter cet endroit dès que ce serait le prochain pas à faire pour avancer.
Ne croyez pas aux apparences : ce n’est pas parce que c’est simple que c’est facile. Le jour où l’agence immobilière est venue faire les photos du bien, j’ai compris qu’il ne s’agissait plus que d’un objet à présenter sous son meilleur jour, de manière neutre, afin que ses prochains possesseurs puissent s’y projeter et y visualiser leur vie.
J’en ai perdu la voix. Pendant 7 jours, j’ai été aphone. Malgré un traitement de cheval, mes cordes vocales étaient incapables de produire un son correct. Signe, paraît-il, que j’avais quelque chose qui avait du mal à passer et/ou que j’étais privé de mots.
Après 48h de silence total, j’ai récupéré le minimum, in extremis, quelques heures à peine avant le début d’une conférence mémorable donnée à Vannes (France) devant plusieurs centaines de personnes de l’industrie photographique.
Deux mois jour pour jour après que tout se soit arrêté, j’acceptais une offre à bon prix et sans condition de crédit pour le rachat de mon lieu de vie depuis ces 12 dernières années.
La force motrice déployée pour sortir de ma propre ornière commençait à produire ses effets : à présent, la vie me confortait dans mes décisions et dans le chemin que j’empruntais. Après avoir pris la tempête de face, les vents commençaient à tourner et se remettre derrière moi, pour me pousser dans le dos. Comme des ailes qui se déploient à nouveau.
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« Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage, au moins, semons des fleurs. » a écrit Michel de Montaigne.
Si je n’ai rien pu écrire plus tôt, c’était sans doute parce que j’étais en train de métaboliser tout ce que j’avais vécu. Encore en cours, je peux déjà, je crois, baliser quelques éléments de compréhension et de progression. Ils me servent de balises au quotidien, comme des fleurs sur ma route, fidèle à la citation de Montaigne qui m’anime depuis longtemps.
1. Admettre qu’il n’y a pas d’échec s’il n’y a pas d’enjeu
Cette phrase que j’utilise dans mes séminaires a pris une nouvelle ampleur dans mon processus d’acceptation. J’admets que j’ai échoué parce que des personnes, des situations et des choses comptaient pour moi.
Ça peut sembler difficile mais admettre l’échec et la part de responsabilité qui est la nôtre dans ce qui se joue pour nous est salutaire. C’est, selon moi, l’un des premiers déclics vers la rédemption.
Ce constat constructif me permet aujourd’hui de mettre tout en place pour terminer de redresser ma situation privée et paver la route d’un avenir radieux. Je préfère ça à avoir continué à me voiler la face ou pire, être dans le déni de la réalité.
2. Prendre soin de soi, travailler sur soi et se (re)prendre en main
C’est bateau, ça dégouline de guimauve et j’ai mis un peu de temps à intérioriser cette espèce d’injonction que mon entourage me renvoyait. « Surtout, prends soin de toi, Fred »… Mais ta gueule oui. Sauf que non : c’est central.
Prendre soin de soi, c’est arrêter de s’oublier. C’est s’écouter et se reconnaître dans ce qui se joue : être soi, vulnérable, imparfait et sans prise directe sur la situation.
C’est admettre de se regarder dans la glace et laisser nos travers s’exposer. C’est accueillir qui nous sommes dans notre globalité, au temps T, et pas qui nous voudrions être.
Prendre soin de soi, c’est mettre notre ego à la poubelle. En finir avec les couches que nous avons bâties autour de notre identité pour exister. C’est faire taire les bruits parasites pour nous recentrer. C’est laisser tomber l’armure pour nous révéler. Et vivre enfin libéré des poids et contraintes que nous n’avions même pas identifiés.
C’est pour tout ça qu’à « prendre soin de soi », je préfère la notion, plus volontariste sans doute, de « se (re)prendre en main ».
Parce que se prendre en main (c’est ton destin), c’est investir en soi et partir ou repartir en quête de nos racines, de nos repères, de notre étoile de berger, de nos moteurs, de nos valeurs, de nos intransigeances, de nos exigences.
Chaque mot est important et amène des questions fondatrices :
• Les racines : qu’est-ce qui nous constitue ?
• Nos repères : quelles sont nos balises intérieures ?
• Notre étoile de berger : à quoi aspirons-nous ? Qu’est-ce qui nous guide ?
• Nos moteurs : d’où vient notre énergie intérieure ? Qu’est-ce qui nous met en mouvement ?
• Nos valeurs : quels sont les aspects auxquels nous ne pouvons déroger sous peine de nous égarer ?
• Nos intransigeances : quelles sont nos limites ? Que ne voulons-nous pas compromettre ? Sur quoi nous montrons-nous intraitables ?
• Nos exigences : quels sont nos standards personnels ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller et où plaçons-nous la barre ?
3. Faire appel à notre garde rapprochée
Apprendre à compter sur les autres et l’accepter. Pas en mode dépendance ou en faux-semblant. En authenticité et sans tabou. Gros morceau.
Savoir sur qui on peut compter. Voir qui est vraiment là. Découvrir de nouvelles personnes qui ne nous connaissent pas et s’arriment pourtant à nos côtés comme si elles avaient été là depuis toujours. Presque comme si leur propre vie en dépendait. Leur témoigner notre reconnaissance.
Reconnaître que des présents de longue date n’ont pas cette capacité, ne peuvent ou ne veulent jouer ce rôle. Admettre que certaines et certains sont absents, sans les blâmer.
Mais assurément, ce qui m’est apparu comme transformant, c’est de savoir que des amis, des professionnels, des personnes que je connais depuis toujours et d’autres depuis 6 semaines sont, de manière inconditionnelle, solidaires à mes côtés. J’ai été écouté sans être jugé. À aucun moment, je ne me souviens avoir reçu de reproches ou de leçons de morale de type « tu aurais dû », « tu aurais pu » ou « tu devrais » en mode « y a qu’à / Faut que tu ».
Vous savez que vous avez autour de vous les bonnes personnes quand elles siègent à vos côtés, peu importe votre état de forme ou d’âme. Quand elles vous écoutent sans vous forcer à quoi que ce soit. Quand elles vous réchauffent de ce qui, je le découvre, est une forme d’amour. Amical, fraternel, « relationnel », sans être charnel.
Vous savez que vous avez trouvé les bonnes personnes quand vous vous sentez en sécurité. Quand vous êtes libre d’être qui vous êtes à ce moment-là, que vous soyez dans un bon moment ou au creux de la vague, à fond ou loin dans le fond.
4. Poser un pied devant l’autre, faire un pas après l’autre
C’est peut-être l’apprentissage le plus difficile : faire ce qui est possible pour moi aujourd’hui, sans chercher à aller plus vite que je ne le peux, que l’ordre des choses ou que le vent.
C’est pourtant le plus salvateur : prendre le temps de se poser, de bien faire les choses, d’assurer chaque pas.
L’image qui me vient, ce sont les briques que je pose avec soin, plutôt que de chercher à les enquiller à la hâte et de manière maladroite. Stop à la logique industrielle du toujours plus, toujours plus vite. Retour au travail de l’orfèvre qui prend le temps de l’artisan. En faisant ça, je sens que je repasse de stop à top.
À vouloir aller tout le temps à toute vitesse, on se crispe et on devient lourd et figé. On perd la capacité de s’adapter, d’épouser l’inattendu et d’embrasser l’imprévu, avec joie et légèreté.
Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est plus fluide. J’apprends la souplesse au détriment de la rigidité. Je compose avec ce que je ne peux pas maîtriser. En ralentissant un peu (même si beaucoup me disent que je vais encore très vite…), on se donne des marges de manœuvre. On apprend à jongler.
On devient félin pour composer avec ce qui fait la vie au quotidien : parfois on trace comme le guépard, parfois on ronronne comme le chat qui dort. Dans tous les cas, il est plus facile de retomber sur ses pattes quand on a de la souplesse.
5. Composer entre les sprints et le marathon : jongler entre temps court et temps long
Fameux élastique avec lequel jouer. À certains moments, les planètes s’alignent pour vous faire faire des bonds en avant de fou en un temps record (ex : la vente de ma maison).
À d’autres, on dirait que rien ne bouge. Peu habitué de ce deuxième cas de figure, j’apprends à renoncer à toute tentative d’agitation, à m’époumoner inutilement.
Je préfère en profiter pour me poser, voire me reposer, me changer les idées, être disponible à ce qui se présente et aux autres.
Je reste à l’impulsion de mes actions, mais je ne cherche plus à forcer les choses. J’ai encore des ambitions mais je me rends compte aussi que j’ai déjà beaucoup. Je suis encore affamé tout en ayant conscience que « je suis assez. »
6. Accepter de recevoir ce qui est offert, et donner ce qui peut l’être : main tendue, aide, soutien, merci…
C’est le principe de la vie : je donne, je reçois. Pas toujours aux mêmes personnes, pas toujours dans le même sens. Mais en sachant que ça rebondira toujours quelque part pour quelqu’un qui en fera quelque chose.
Le principe du don et du contre-don cher à Marcel Mauss. Comme l’a formulé mon ami Joel Michiels dans sa préface d’un de mes livres : comme lui, au gagnant-gagnant, je préfère aujourd’hui le donnant-donnant.
Je me suis entraîné à dire bonjour, vraiment. Avec intention et la bonne intonation.
Et remercier, toujours. Même si c’est parfois la seule chose qu’on soit capable de faire à un moment, accepter de le dire. En le ressentant réellement.
Accepter d’avoir de la reconnaissance, et d’en recevoir. S’affranchir des rôles et des masques, pour mieux savourer.
7. Continuer à miser sur notre bonne étoile
Même quand on ne voit pas la lumière au bout du tunnel, garder la conviction forte, inébranlable, qu’elle est là. Et qu’un jour, tôt ou tard, on la verra.
Croire que la vie pourra faire sa part pour nous si nous faisons notre bout de chemin, si nous mettons ce qu’il faut sur la table.
Faire un pari positif sur l’avenir, toujours.
Être animé par l’intention de mener le « bon combat » selon l’expression de Paulo Coelho.
Accepter, même sans le comprendre, que de cette conviction, des merveilles découleront.
Croire en soi et faire confiance en la vie, en l’univers, en ce qui a du sens pour vous suivant vos cadres de référence. Mais y croire encore et continuer à regarder devant, à aller de l’avant.
Arrêter de courir et de faire ; préférer vivre et être
J’ignore si ce que je traverse est ce qu’on appelle communément la crise de milieu de vie. Quoi qu’il en soit, je cherche à faire de cette tempête majeure que je n’ai pas choisie une Traversée, faites de belles embellies.
Je me suis planté parce que je n’étais pas prêt pour la vie qui se dessinait. Celle, pourtant, à laquelle j’aspirais.
Ce chemin qui est le mien, je n’ai plus peur de le partager.
Parce que la honte se nourrit du secret, c’est en s’ouvrant à la vie et aux autres qu’on la fait taire. Qu’on laisse passer la lumière.
Qu’on fait la place pour ce qui est : la vie dans toutes ses facettes, dans toutes ses richesses.
Qu’on crée l’espace pour tout ce qu’on peut lui offrir et qu’elle peut nous donner.
Qu’on ouvre la voie à un avenir radieux.
Alors aujourd’hui, je regarde devant, je vais de l’avant, je fais de la place pour celles et ceux que je veux trouver et retrouver.
Les moulures au plafond.
Les paillettes dans la vie.
La fête au quotidien.
Je suis 2023.